Des valeurs toujours d’actualité
Dès ses débuts dans les années 1976-1980, le Punk feint la bêtise et revendique un certain «analphabétisme culturel» qui contraste avec la puissance d’agir qu’il recèle. Identifié dans l’imaginaire collectif à l’esthétique d’un genre musical iconoclaste, le punk est aussi un mouvement contestataire, porteur de valeurs politiques et sociales, allant de l’anti-autoritarisme au «do-It-Yourself». Le punk a évolué en même temps que les fractures sociales qu’il n’a cessé de dénoncer. C’est pourquoi il est toujours d’actualité et d’une utilité critique certaine à l’heure de l’individualisme généralisé et de l’oubli des causes collectives.
Punk des villes, punk des champs
Plutôt d’origine urbaine, le mouvement Punk est loin d’avoir disparu du paysage. En particulier du monde rural où la culture punk semble s’être installée de façon durable. Pas loin du phénomène des ZAD et d’autres formes d’alternatives. Même en retrait, les punks sont toujours aux avant-postes avec un double visage que sait bien restituer Etienne Renzo. Avec d’un côté une dimension joviale, bienveillante, voire déconnante, fête oblige! La fête comme instance rituelle de subversion des signes et de fraternité collective. Et d’un autre côté, un engagement lié à des choix de vie radicaux. Des choix visionnaires au regard des problématiques de décroissance, d’anti-consumérisme, et de solidarité. Sans oublier la dimension nomade du punk qui peut toutefois se sédentariser à la ville comme à la campagne, en posant son camion dans une friche, un squat, un bois ou une arrière-cour de ferme.
Invisibilisation et subversion
L’approche d’Étienne Renzo consiste ici à montrer toute l’humanité et toute l’actualité de ces vécus individuels et collectifs. De manière aussi à transmettre leur message en témoignant d’une réalité culturelle et sociale dont l’invisibilisation, est pour la plupart d’entre-eux, désirée et assumée. La disparition des radars de la société, apparaissant alors comme une option radicale et subversive, au regard des modes existentiels et des codes de présentification de notre époque. Cet effacement volontaire, qui limite à quelques rares familiers la possibilité de sillonner les collectifs et leurs lieux de vie pour les photographier, rend ces images d’autant plus précieuses et signifiantes.
Des «entretiens photographiques»
La démarche d’Étienne Renzo consiste d’abord à redonner une présence et une voix aux acteurs premiers de la culture punk. Son projet prolonge les échanges qu’il a toujours eu avec eux, à travers l’image et le texte de ce qu’il nomme des «entretiens-photographiques». Le mode opératoire consiste d’abord à réaliser des portraits photographiques en situation, dans les conditions de vie ou d’activité. Les propos sont recueillis dans le même mouvement, sous forme d’interview flash, à partir de quelques questions tirées au sort d’un jeu de cartes conçu spécialement pour le projet. Comme pour la bonne aventure. Les images et les propos sont réalisés dans le temps de l’échange puis retranscrits. D’un commun accord avec les protagonistes, ces images et ces textes sont traités de manière à être exposés et publiés. Ils pourront être associés ou non, en fonction des modalités de publication et d’exposition.
Un tour de France du Punk pour une exposition itinérante
L’intégration d’Étienne Renzo dans le milieu Punk lui permet d’avoir accès à un grand nombre d’individualités et de communautés constituées dans les réseaux plutôt non citadins. Ce qui pourra s’étendre au contexte urbain à travers différents squats ou communautés qu’il envisage également de visiter dans la Drôme, le Massif central, la Bretagne ou le sud-Ouest. Étienne Renzo a commencé sa quête depuis bientôt trois ans, et va la poursuivre par la visite des quatre grandes régions de France.
L’exposition
L’objectif est de présenter des séries de photographies couleur ou noir et blanc. Avec le projet d’en faire les premières expositions en 2025 afin d’agréger des partenariats pour publier un livre. Le travail de post-production des photos et des textes se fait au fur et à mesure des interviews. De nouveaux entretiens pourront aussi être réalisés dans le périmètre régional des lieux d’exposition. Les présentations associeront différentes typologies de tirages, d’encadrement et d’accrochage en fonction des espaces d’exposition. De manière à ce que la scénographie des expositions réponde à la configuration des lieux.
La publication
La publication reprendra les principales thématiques des séries avec les portraits, les scènes de vie et de contexte, ainsi que la créativité artistique et festive souvent indossociables. En particulier avec la manifestation la «grosse entube» l’une des origines de ce projet. La publication laissera la première place aux habitus punk et ses différents niveaux de réalité matérielle et immatérielle. Les propos seront restitués avec un minimum de normalisation. Fussent-ils critiques et rebelles, voire approximatifs du point de vue des règles de syntaxe et d’orthographe. Le livre pourra être complété par des contributions extérieures restituant toute l’ampleur et la diversité des enjeux du phénomène punk.
Pour une photo punk !?
La sortie d’un ouvrage collectif, «Penser avec le Punk»* coordonné par la critique mu- sicale et philosophe Catherine Guesde a donné à Étienne Renzo la conviction qu’il fallait développer et montrer son projet. À l’image de cette publication, il ne cherche pas «à convertir cette sous-culture subversive en système philosophique», mais plutôt à montrer «les liens féconds du punk avec l’éthique animale, l’écologie profonde, le féminisme, ou de manière plus inattendue, la spiritualité». Plus précisément, les entretiens photographiques d’Étienne Renzo visent à étendre le champ d’action du punk au domaine de la photographie elle-même. En vue pourquoi pas, d’une convergence de leurs engagements respectifs au sein d’une photographie punk qui reste à inventer.
*Penser avec le punk - Catherine Guesde - PUF 2022